Papouasie-Nouvelle-Guinée 2012-2014 › Papouasie-Nouvelle-Guinée

lundi, juin 9 2014

Le school-boat

Chaque matin à 7 h 30, le school-boat part de l'île de Nago où nous nous trouvons. Le chauffeur du Banana-boat attend et les enfant embarquent petit à petit...

Conus geographus
Embarquement des élèves sur l'île de Nago © Thierry Magniez-MNHN-PNI-IRD/expédition Kavieng

Il manque encore deux enfants, on attend !
Nous profitons du bateau pour faire la traversée, avec 30 personnes au laboratoire, il manque toujours quelque chose. Nous devons passer à la pharmacie, au marché et au "grand" magasin.

Conus geographus
Les enfants de l'île de Nago en route pour l'école © MNHN-PNI-IRD/expédition Kavieng

La traversée est rapide, en 5 minutes les enfants seront au port de Kavieng. Des habitants de l'île profitent de ce passage pour se rendre en ville, passer au marché, aller au travail...
En route, nous sommes rattrapés par un second banana-boat, des personnes changent de bateau selon leur destination : l'un ira accoster au marché et l'autre au port.

Conus geographus
Transfert de passagers entre banana-boat © Thierry Magniez-MNHN-PNI-IRD/expédition Kavieng

Au port, le débarquement se fait sur la plage.

Conus geographus

Arrivée des enfants à Kavieng © Thierry Magniez-MNHN-PNI-IRD/expédition Kavieng

Les enfants prennent ensuite la direction de leur école respective.
Ici c'est une classe d'une école d'un village au nord de Kavieng, à Kavieng les classes sont sûrement un peu plus équipées.

Conus geographus

Classe de cours dans la région de Kavieng © Thierry Magniez-MNHN-PNI-IRD/expédition Kavieng

mardi, novembre 27 2012

Digression

En lisant le chat du Monde, (auquel nous n’avons eu accès qu'a posteriori sur le site internet du journal), et en particulier la question de « visiteur » sur les « tribus indigènes que nous risquions de contaminer » je m’aperçois qu’il y a sacrément besoin de donner un bref aperçu, aussi subjectif soit-il, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et de ses habitants. Quel lecteur de ce blog ne s’est pas demandé si nous n’avions pas croisé un ou deux anthropophages dans la montagne ? L’un des plus vieux tabous de l’Occident excite encore les imaginations. Ça amuse beaucoup les Papous, et on a bien rigolé avec Sam Legi en s’apercevant à la lecture de T. Flannery, que nous étions au début de la « man hunting season » selon une tribu qui séparait l’année en deux parties : la saison sèche, propice à la chasse au cochon dans les plaines, et la saison des pluies où il faut aller dénicher les protéines animales là où elles se trouvent, dans les huttes du village voisin, les plaines inondées interdisant tout accès aux cochons.

C’était il y a bien longtemps. Bien sûr, on peut encore de nos jours en lisant la presse locale, dénicher quelques faits divers croustillants ; Vojtech nous a rapporté une histoire récente (elle date de juillet dernier), qui relate l’arrestation d’une trentaine de membres d’une confrérie pratiquant un culte cannibale dans la région de Madang consistant à manger le cerveau (cru) et le pénis (en soupe) de leurs victimes (une recette simple à retenir : prendre la partie la plus importante et celle la moins utile chez l’homme, ou inversement selon les points de vues ou les possibilités de chacun). Leur vindicte est essentiellement dirigée contre les « sorciers » locaux. En plus du souhait d’acquérir les pouvoirs par « assimilation » des sorciers en question, des explications plus rationnelles furent données par les coupables bientôt attrapés. Bien que légèrement contradictoires, ces explications sont simples et pratiques : ils avaient éliminé des sorciers qu’ils trouvaient trop afférés ces temps-ci, mais surtout parce que les prix pratiqués pour leurs actes de « jeteurs de sorts » étaient bien trop élevés à leur goût.

J’écris ce billet à l’occasion d’un séjour forcé à Port Moresby pour y laisser deux dents dans les mains expertes d’une dentiste polonaise. La clinique dentaire est à l’Holiday Inn et je me rends au restaurant de l’hôtel où j’avale une nourriture de circonstance, purée et soupe (de légumes), et me plonge dans La hache de Pierre de Gérard Delloye. Absorbé par le récit et son épilogue spectaculaire qui décrit la fin du jeune Rockefeller sous la hache des coupeurs de têtes de la Casuarina Coast, je reste deux bonnes heures les yeux rivés sur le livre. Quand je les relève, pour m’extraire de ce voyage qui date d’un demi-siècle, mon regard se plante dans celui d’un jeune Papou propret, qui m’observe en sirotant un milk shake, entouré d’une marmaille également fournie en dessert et tous habillés comme des jeunes Américains. Son regard curieux ne me laisse guère de doute. C’est bien moi l’attraction en ces lieux, et pas lui, ni ses congénères. Ce n’est pas un regard, de surprise, de crainte, ou d’envie que ses ancêtres ont peut-être jeté aux premiers Blancs aperçus grimpant dans leur vallée ou tombant du ciel ; c’est un regard ethnographique, un brin condescendant, que me porte ce gamin. C’est bien moi, ici, l’objet du passé ; le sauvage d’un autre âge.

Je ne suis pourtant pas né depuis très longtemps, à peu près au moment de l’impression de ce livre, lequel relate l’aventure de l’expédition Gaisseau —la dernière tâche blanche sur la carte de Nouvelle-Guinée, la vallée perdue et les Papous non « pacifiés », en armes, avec tout le barda folklorique. Évidemment les Papous ne portent plus d’étuis péniens en 2012. Ils ont des shorts fluos en nylon, des casquettes de base-ball et des t-shirts heavy metal ; le style rasta est aussi très prisé. L’accoutrement des plus vieux nous ramène dans le Harlem des années 70, alors que les jeunes versent plus résolument dans celui des gangs de L.A. ou des bandes du « neuf-trois ». Et ce, quel que soit l’endroit ; ville ou campagne, mer ou montagne. S’ils ne détestent pas revêtir leur parure en plumes de casoar ou autre du même acabit en certaines occasions, ce n’est pas avec plus ou moins d’entrain que nos Bretonnes portent leur coiffe bigoudène.

Un tombereau d’argent se déverse sur la Papouasie. Pas pour tous bien sûr, seule la classe huppée et ses mômes peuvent se payer le buffet des hôtels de downtown Port Moresby, mais si l’argent n’est pas partout, tout le monde le sent et beaucoup le cherche. L’argumentaire développé par les mangeurs de soupe sus-cités (pas moi, les autres) pour expliquer leurs méfaits est, pour une bonne partie, économique. La bière à 6 euros dans une improbable gargote où personne ne vient jamais, perdue à des heures de marche du moindre hameau, n’est certes pas le signe d’une maîtrise encore totale de la loi de l’offre et de la demande chez certains, mais que l’envie d’argent a percolé jusque dans les moindres recoins les plus isolés.

Si les Chinois sont passés du Moyen Âge à la modernité la plus violente en 40 ans, la Papouasie est arrivée au même stade en à peine 10 ans de plus, mais en venant de bien plus loin, de « l’Âge de pierre » selon l’expression consacrée. Bien ou mal, je n’en sais rien. Mais pour ceux, nombreux parmi les voyageurs ou les biologistes, qui ont un rendez-vous imaginaire avec la Nouvelle-Guinée, il vaut mieux désormais faire partie de la deuxième catégorie et y venir pour la découverte d’espèces nouvelles. Ceux qui imaginent encore les Papous vivant à moitié nu, l’étui pénien dressé, en seront pour leur frais (élevés). Toute la camelote chinoise se déversant sur le monde par cargo entier n’évite pas les côtes néo-guinéennes et elle est plus simple à trouver à Gembogl, Kegsugl ou Bundi que de la peau de Cuscus. Et contrairement aux croyances encore ancrées en Europe, la Papouasie-Nouvelle-Guinée est en passe de devenir une puissance économique régionale.

Bientôt, les Papous en Lacoste viendront faire du tourisme dans les Cévennes, pour observer les étranges constructions en pierre brute et les mœurs des indigènes qui se nourrissent de farine de châtaigne. Et c’est très bien comme ça, vu les perspectives. Gardarem lo Larzac, on va en avoir besoin.

Olivier Pascal, 25 novembre 2012

mardi, novembre 13 2012

Assez de la nature !

Parlons donc un peu de la ville ! Il est vrai qu'avec tous ces billets sur la forêt tropicale et les petits villages, je ne voudrais pas que vous vous fassiez de mauvaises idées sur la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Certes elles sont de petites tailles en comparaison avec les mégalopoles occidentales, mais les villes sont bien là ! Nous (le module marin) sommes d’ailleurs situés dans la ville de Madang, capitale de la province de Madang. Avec mes compagnons de courses (Anne-Laure surtout et Sébastien pour l’équipement plus technique), je commence à bien connaître les rues sinueuses, chaotiques et parfois poussiéreuses du centre-ville. La ville se compose principalement de magasins, et les habitations sont éparpillées autour. Nous la parcourons depuis plusieurs jours déjà en pick-up - en conduisant à gauche s’il vous plaît ! - à la recherche d’objets divers commandés par les scientifiques de l’expédition. Contrairement aux préjugés que l’on pourrait avoir, on trouve beaucoup de choses sur place. Imaginez nos têtes quand le « boss » - comme on dit ici - nous demande de trouver un frigo à porte vitrée ou encore une fontaine à eau… Eh bien, nous les avons trouvés, figurez-vous ! Dorénavant, il est appréciable de voir des échantillons bien rangés dans le frigo, en passant devant avec un verre d’eau potable à la main !

On trouve beaucoup de choses, certes, mais certaines commandes luttent encore et toujours contre l’explorateur. Notre prochaine mission est maintenant de trouver un jerrycan avec robinet… on cherche encore le robinet ! Cependant, la Papouasie ne cesse de nous surprendre : à l’inverse, pour trouver des sacs poubelles nous avons dû faire tous les magasins de la ville…



Mercredi matin

Mercredi matin dans Madang. Crédit: Jean-Jacques Lemasson / © IRD


                                  Les citadins sont globalement très sympathiques : ils nous orientent lors de nos « chasses aux trésors », et surtout ils nous protègent des éventuels voleurs. Evidemment, deux « white meri » (white Mary *) en ville, au volant d’un pick-up : ça se remarque ! En fait, nous attirons les convoitises comme les protecteurs.

Par exemple, alors que nous étions à la banque, un gardien a évacué des hommes qui étaient entrés dans notre voiture. Bien sûr, nous avions déjà été briefées et avons pris l’habitude de laisser la voiture vide et ouverte afin de n’avoir aucun problème « Nothing to steal !! », mais le zèle de « Johnny boy » - tel que s’est fièrement présenté notre « sauveur » - a été appréciable et montre bien la bienveillance papoue.

Madang n’est pas une ville dangereuse, mais il faut tout de même rester sur ses gardes. Nous avons eu une petite frayeur en allant acheter 250 canettes de bière pour notre fête de samedi soir (rencontre « terrestres » et « marins »). A peine sorties de la banque, avec une quantité conséquente de cash dans le bilum (sac traditionnel), nous sommes tombées par un heureux accident sur un bottle shop : parfait ! Il nous fallait de la bière ! Une fois le moment venu de payer pour Anne-Laure (pendant que je gardais la précieuse cargaison dans la voiture), il lui a fallu compter discrètement les billets alors qu’elle était entourée de trois hommes déjà avinés et avides d’alcool… encore une fois, ce sont les locaux qui les ont gardés sous contrôle.

Ici comme dans presque toute la Mélanésie, les gens mâchent la noix de Bétel - Buai en Pigin. Ils mélangent cette noix à une poudre de coquillages (calcite) qu’ils appellent « lime » et un fruit - qui ressemble un peu à la fleur du noisetier - appellé « mustard ». Le tout, sous l’effet de la mastication, produit une hyper-salivation couleur rouge-sang. On a l’impression qu’ils ont du sang plein la bouche. Ainsi, les crachats donnent un aspect sanglant à la boue et aux flaques d’eau dans les rues. Surprenant au début ! Mais on comprend vite que le buai a une fonction sociale très importante, tout comme pourrait être le café en France. On m’en a proposé - manifestement pour me taquiner -, quand j’ai acquiescé : hilarité générale ! Malgré ce quiproquo papou, je tiens à goûter un de ces jours et ce sera l’objet d’un prochain billet !



Le marché

Couleurs et senteurs papoues : le marché. Crédit: Jean-Jacques Lemasson / © IRD


En dehors des magasins on retrouve le marché traditionnel et ses grands étalages de fruits et légumes, de produits dont je ne saurais vous dire s’il s’agit de fruit ou de légumes et d’artisanat (n’en parlez pas encore aux participants sinon je vais tous devoir les y emmener pour qu’ils fassent leurs emplettes de Noël). Les stands sont principalement tenus par des femmes mais pas uniquement. C’est peut-être au marché qu’on trouve les prix les plus raisonnables. Tout est soigneusement exposé, chaque emplacement est clairement défini et les produits sont très frais.



L'artisanat

Artisanat : bilums (sacs traditionnels) et bijoux en tous genres.  Crédit: Jean-Jacques Lemasson / © IRD


Pas d’inquiétudes, dans les billets suivants, la nature sera de nouveau au menu !

Sarah Pezet

* Mary, c’est ainsi que l’on appelle les femmes ici en référence à la vierge Marie, autant vous dire qu’avant qu’on me l’explique je me demandais bien pourquoi tout le monde m’appelait Mary…

mercredi, novembre 7 2012

Niugini 2012 et les habitants de Madang

Jeudi 1er novembre a été l’occasion pour l’équipe de Coral Triangle 1 de partager leurs travaux de recherche avec une délégation papou qui aide aux activités de l’expédition Niugini 2012. Accompagné par Philippe Bouchet du Muséum national d'Histoire naturelle, ils ont pu voir à bord de l’Alis en quoi consistait le travail d’inventaire des poissons ou de cartographie marine.


Dans le carré du N/O Alis

Dans le carré du N/O Alis, Serge Andréfouët présente un diaporama des différents habitats inventoriés jusqu’à ce jour dans le lagon de Madang. Crédit : Jean-Michel Boré/ IRD


Cette visite fait partie des campagnes d’information des populations riveraines du lagon de Madang sur les objectifs de la mission. En Mélanésie, et en Papouasie-Nouvelle-Guinée en particulier, outre l’accord des autorités administratives gouvernementale et locale, il est aussi nécessaire d’avoir l’accord des propriétaires coutumiers pour plonger, travailler et collecter dans l’espace de lagon dont ils sont propriétaires. En effet, en Papouasie-Nouvelle-Guinée comme en Nouvelle-Calédonie ou au Vanuatu, il n’y a pas de discontinuité entre la terre et la mer, et le domaine marin a donc des propriétaires, qui ne se privent pas de rappeler leurs droits. Le lagon apparaît ainsi comme un espace fortement régenté par toute une série de règles, de tabous, de droits et de devoirs.